J'ai quinze ans.
Je suis allongé sur le ventre, ma serviette et la plage.

Le vent est chaud, sec et me sèche le dos.
J'ai joué une heure dans les rouleaux puissants de l'océan atlantique.

Je suis entouré de mes amis.
Nous nous retrouvons chaque été.
Notre amitié est solide et intense, autant qu'elle peut l’être à cet âge.

Nous sommes tous fatigués d'avoir trop nagé.
Les conversations se tarissent.
Nous nous laissons bercer par la torpeur de l'été.

La plage est immense.
Nous sommes installés sur le sable sec au pied des dunes, à coté d'un blockhaus.
La mer est encore basse.
L'air vibre au rythme régulier des vagues déferlantes.
Les cris des mouettes et des enfants se perdent au loin dans le sifflement du vent.
Le soleil inonde la côte d'une lumière blanche.
Des ombres dansent au bord de l'eau.

Je ferme les yeux.
Je plonge une main dans le sable fin et le laisse couler entre mes doigts.

Je suis bien.
Tout est parfait.
Nous sommes invincibles, immortels.

Doucement, quelque chose s'ouvre en moi.
Une paix immense m'envahit.
Mon être se dissout, mes limites s'évanouissent.
Je me confonds avec l'espace.
Le temps se dilate.
Cet instant est éternel.

Depuis toujours j'ai été sur cette plage.
Toujours j'y serais.

Je ne suis pas un ado de 15 ans :
Je suis l'univers qui jouit de cet instant.
Ce moment est la cause et la conséquence de Tout.

L'état de grâce dure quelques minutes puis s'estompe.
Je m'endors.

Longtemps j'ai cherché à revivre cette expérience, à en reproduire les circonstances.
Rien n'y fait.
Peu importe, cette quête est vaine.
Je sais qu'il existe quelque part cette plage où je suis en paix, l'ai toujours été et le serais à jamais.

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