Jean était mon grand oncle, un homme profondément heureux et généreux. On ne devrait pas avoir de plus grande ambition.

Jean Charbonneau était mon grand oncle, le frère de ma grand mère maternelle. Il est décédé depuis plusieurs années maintenant. Je suis retombé sur une photo de lui récemment. Je souhaitais lui rendre hommage.

Jean Charbonneau, mon grand-oncle

Il vivait dans une cité en banlieue de la Rochelle, à Villeneuve-les-Salines, dans un petit appartement qu'il avait trouvé après son divorce. Il ne possédait rien : son ex-femme avait abusé de sa gentillesse et l'avait dépouillé de ses biens. Après cet épisode, d'autres auraient pu devenir aigris ou méfiants : Jean n'en gardait aucune amertume et était resté le même, toujours aussi gentil, "naïf" disaient certains.

Jean s'était très rapidement intégré à cette cité et avait été "adopté" par ses voisins défavorisés. Bricoleur et écolo avant l'heure, il récupérait des appareils électroménager dans les bennes de la cité et les réparaient. Il s'était entièrement équipé ainsi et en faisait profiter ses voisins. Pour occuper les jeunes désoeuvrés du quartier, il avait aussi monté un atelier de réparation de vélo et leur apprenait à réaliser des mosaïques pour couvrir les équipements en béton gris du quartier.

Ses voisins ont célébré ce papy hors-pair à plusieurs reprises. J'ai retrouvé deux articles de presse dans les archives de Ouest France.

Un article pour une fête à l'occasion de ses 80 ans :

Merci Papy ! [Charente Maritime La Rochelle, lundi, 23 novembre 1998, p. F]

Les habitants des 400 ont fait la fête à « Papy Charbonneau » pour ses 80 printemps

Les enfants ont décoré la place avec des fanions, les mamans ont cuisiné leurs meilleurs gâteaux et l'accordéoniste a salué le soleil sur un air de musette. Les 400 étaient en fête samedi après-midi à Villeneuve-les-Salines. Les habitants du quartier sont descendus dans la rue pour manifester... leur amitié à l'un des leurs, Papy Charbonneau, qui vient de souffler ses 80 bougies.

Papy, c'est une figure de la cité, un peu sa mascotte. Le coeur sur la main, toujours prêt à rendre service, il est la providence des enfants dont le vélo est crevé et des parents dont la télé tombe en panne. Et quand vient l'hiver, ses « pinces crocos » sont toujours disponibles pour redonner du jus aux batteries fatiguées. « M. Charbonneau est le type-même de l'ancien qui reste dans le coup, utile aux voisins et aux amis, souligne un responsable de l'association de l'unité voisinale à l'origine de cette initiative conviviale. Nous avons toujours voulu privilégier les liens entre jeunes du quartier et personnes âgées, des échanges fondés sur le respect et l'entraide mutuelle. C'est important dans un îlot HLM comme le nôtre que les anciens ne restent pas isolés, qu'ils participent à la vie de la cité en apportant leur expérience. Ils sont notre mémoire. »

Commencée dehors sous un froid soleil d'hiver, la petite fête s'est prolongée à l'intérieur du local de l'association, dans la chaleur de l'amitié. Et certains cherchent déjà un prétexte à une prochaine rencontre...

Et une brève pour ses 92 ans :

La Rochelle
[Samedi, 21 novembre 2009, p. Rochefort ~ Oléron-C2_8]

Les meilleurs voisins de l'année 2009
Jean Charbonneau, 92 ans, et Maxime Erre, 8 ans, ont été désignés par les habitants de Villeneuve-les-Salines, via l'Unité voisinale, comme les meilleurs voisins de l'année 2009. Hier, en fin d'après-midi, ils étaient honorés à l'occasion d'une visite du quartier et d'une fête. Et comme, en plus, c'était l'anniversaire de Jean, les 92 bougies furent soufflées avec d'autant plus d'enthousiasme.

À 80 ans passés, Jean se déplaçait beaucoup à vélo, l'appareil photo en bandoulière. Je l'ai accompagné plusieurs fois lors de son tour habituel au port de commerce de la Rochelle: Il s'extasiait sur la taille des bateaux et les chargements de céréales et de bois exotiques qui s'étalaient sur des hectares de goudron.

Sa joie de vivre était alimentée par une capacité intacte à l'émerveillement. La dernière fois que je suis allé lui rendre visite, il avait 93 ans. À peine étais-je arrivé qu'il me montrait, hilare, un gadget qu'il avait acheté le matin même. Sa hanche ne lui permettait plus de prendre le vélo, mais il s'était rendu en voiture dans une brocante. Il en avait ramené une peluche de chien articulée, qui remuait les oreilles en chantant. Ça le faisait rire comme un gosse, d'un rire communicatif.

J'ai eu la chance de passer presque toutes mes vacances d'été dans une grande maison de vacances à la Tranche Sur Mer, en Vendée. Jean se joignait à nous une grande partie de l'été. Il assurait la maintenance de la flotte de vélos de la maison et animait nos après midi plage avec ma grand mère, Simone : barrages, sculptures de sable (Jean avait gagné plusieurs concours de château de sable aux Sable d'Olonne dans sa jeunesse) parcours de billes, Jokari-tennis sur le sable dur, pêche à pieds, etc. Ces activités faisaient notre joie et celles des autres enfants de la plage. Les trois membres de la famille Charbonneau (Jean, Simone et Pierrot) étaient taillés dans le même bloc de générosité et de joie de vivre. Ils "créaient du lien", comme on dirait aujourd'hui. Ils ont fait naître de belles amitiés entre les enfants que nous étions.

La fratrie Charbonneau : Simone, Jean et Pierrot

Loin des gourous et des idoles qu'on nous vend en modèle aujourd'hui, il y a des milliers de héros du quotidien, des Jean parmi les gens : les personnes modestes et généreuses, celles qui rayonnent et qui nous font du bien. Il est urgent de leur rendre hommage, de les reconnaître et les imiter.

Ils font la démonstration de quelques clefs universelles du bonheur, sans théorie, théologie, ni coach en développement personnel :

  • Simplicité (sobriété heureuse)
  • Altruisme, générosité désintéressée
  • Créativité, action (créer plutôt que consommer)
  • Curiosité, émerveillement
  • Vivre au présent

Merci tonton Jean !

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